Nous avons eu le plaisir d’interviewer Laurence Lemaire à nouveau, qui a sortie une nouvelle édition de son livre « Le Vin, le Rouge, la Chine ».

Bonjour Laurence, merci d’accepter cette interview. Pouvez-vous vous présenter ?

J’ai 56 ans, je suis parisienne. J’ai travaillé pendant une vingtaine d’années comme régisseur d’événements et comme directrice de production à la télévision. Puis je me suis installée en Asie du Sud-est, Martinique et en Turquie comme reporter photo et vidéo. De retour en France en 2002, j’ai écrit un récit-guides d’interviews sur Marseille et son Guide bleu.

Pour mon 3ème livre, j’ai visité 14 villes chinoises pendant 8 mois, seule, pour interviewer les Français ; je ne parle pas le chinois et j’ai eu des grands moments de solitude. Spécialisée dans la photo industrielle, les suivis de chantiers et les prises de vues aériennes, Total m’a envoyé sur ses plates-formes. Je suis installée à Bordeaux depuis 3 ans.

Laurence Lemaire le Vin le Rouge la Chine ©Christian Couly

Vous avez sorti une 1ère édition sur les Chinois investisseurs des vignobles bordelais ; pouvez-vous en parler ?

La 1ère version numérique de ce travail nommé le Vin, le Rouge, la Chine, a été mise en ligne en novembre 2013. Le livre a été édité en février 2014. Sur 140 pages, je décrivais 74 châteaux bordelais acquis par des Chinois. Pourquoi achètent-ils ces propriétés ? Pourquoi les Français les vendent ils ? Le livre est populaire : appellations, terroir, cépage, le nez, le goût sont expliqués sous forme d’interviews largement illustrées.

Vous avez sorti une nouvelle édition. Qu’est-ce que le lecteur trouvera de plus que dans la première ?

Le livre compte aujourd’hui 230 pages et 350 photos couleur. 110 châteaux chinois sont décrits dont 3 dans d’autres régions françaises. Je parle également des 2 Maisons de Cognac. Pendant un an, j’ai interviewé les Chinois propriétaires, les avocats, les agences immobilières, afin d’être dans le récit plus que dans la fiche technique. La politique chinoise sur l’export est expliquée, comme ses propres plantations de vignobles. J’ai étoffé le chapitre ‘’Pourquoi les Français vendent ?’’. Bref, tout est mis à jour.

Le marché du vin en 2015 en Chine est-il en train de changer ?

Un propriétaire de Grand cru bordelais me disait : « En 2010, 2011 et 2012, on était bien contents que les Chinois achètent nos vins. Quand je vais en Chine et que je dis ‘’Bordeaux’’ ils savent de quoi je parle ; et c’est grâce aux Chinois qui sont venus ici. L’investissement des Chinois à Bordeaux, des étrangers, est la continuité de l’histoire de Bordeaux. Actuellement, le nouveau gouvernement chinois restreint l’export, mais pas seulement le nôtre.» En effet, depuis 2 ans le président chinois Xi Jinping affiche sa détermination à lutter contre le train de vie luxueux des hauts fonctionnaires de l’administration. Sa campagne anti-corruption s’étend aussi sur le secteur pétrolier, la télévision d’Etat, la finance et les produits de luxe. Les alcools et vins, qui sont les premiers cadeaux d’entreprises, sont réduits, comme les repas d’affaires où ils vidaient en moyenne 15 bouteilles pour 10 convives. Les ventes des vins français ont chuté de 20%. Certains stocks attendent les acquéreurs. Les acheteurs chinois veillent désormais à l’authenticité des caisses de vins et c’est tant mieux. La simple honnêteté entre clients est désormais la règle.

Est-ce que les investissements de chinois en France sont en train de baisser à votre avis ?

Les mises en vente sont discrètes, les visites des Chinois sont secrètes et rien n’est dévoilé tant que la vente n’est pas signée. Si je suis passée de 74 à 110 châteaux en 16 mois c’est parce que j’ai eu, enfin, des informations fiables sur les achats de 2013 et 2014, que je peux mentionner. Selon un agent immobilier, les Chinois s’intéresseraient aux appellations plus prestigieuses que le Bordeaux Bordeaux supérieur ; elles ont moins de concurrences sur le marché chinois. Ce sont des Chinois qui ont de réels réseaux de distribution en Chine, qui regardent plus la qualité du terroir que la beauté de la chartreuse.

Est-ce que le vin français plait toujours aux chinois ?

Oui bien sûr, mais c’est plus la marque qui plait, le Luxe à la française, que le goût. Ils apprennent à déguster depuis 5 ans seulement. Les riches (300 millions) continuent d’acheter des crus d’appellations prestigieuses françaises, qui n’existent pas en Chine faute de terroir (il est inimitable). Les autres apprennent le vin et s’adaptent aux vins chinois, à ceux qui ont un rapport qualité-prix acceptable. Mais si c’est du vin de Bordeaux, c’est forcément du bon vin. Si leur consommation de vin augmente, les Chinois le consomment à l’apéritif : ils continuent de boire du thé et de la bière avec leur repas aux multiples saveurs sur leurs grands plateaux tournants. Le vin est consommé, voire dégusté dans les restaurants qui servent à l’assiette, à l’occidentale.

le marché du vin pour connaisseurs en Chine

Bordeaux est-il une destination de tourisme pour les chinois ?

Pour les Chinois qui s’intéressent au vin, oui. Sinon, ils privilégient Paris et les boutiques de luxe, le French style et la côte d’azur car la plupart n’a jamais vu la mer.

le Vin, le Rouge, la Chine de Laurence Lemaire.
lemairelolo@wanadoo.fr Tél : + 33 (0) 6 80 16 16 57
http://www.vu-du-train.com pour acheter le livre (et voir ses points de vente) ainsi que sa version numérique.
Le Mag-Hebdo le Vin, le Rouge, la Chine relaye l’actualité sur internet : les faits chinois, bordelais, viticoles, la géopolitique, la sociologie et la politique – investissements chinois en France et dans le monde, tourisme, culture, différences….
http://hebdo.levinlerougelachine.com

Nous remercions chaleureusement Laurence Lemaire de nous avoir accordé un peu de son temps pour cet interview.

  • Pour plus d’informations concernant le marché du vin en Chine, je vous invite à lire cet article.
  • Retrouvez la liste des domaines viticoles de Bordeaux  achetés par des investisseurs chinois, ici.

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