Nous poursuivons nos interviews de personnes vivant en Chine(ou en Asie) qui ont des parcours atypiques, c’est le tour de Nicolas Chavat de répondre à nos questions.

Cela nous permet d’enrichir notre catégorie Culture.

 

Pouvez vous présenter ? 

 

sagess orient nicolasJe m’appelle Nicolas Chauvat, j’ai 27 ans, en ce moment j’habite au Japon où je viens finir une mission d’un peu plus d’un an à l’Ambassade de France à Tokyo.  Depuis plusieurs années déjà je parcours la partie de la route de la soie qui relie la ville de Xi’an en Chine à la Ville de Nara au Japon afin de mener des recherches sur les grandes spiritualités orientales. Mon intérêt pour ces systèmes de pensée est double. Je suis fasciné par le Bouddhisme, le Taoïsme et le Confucianisme car je pense que leurs enseignements originels dénués de dogmatisme et tournés vers la vie présente plutôt que sur celle dans l’au-delà peuvent apporter des éléments concrets de réponse aux problèmes de nos sociétés modernes qui ont le mauvais amour de soi-même et le mauvais amour des autres.  Deuxièmement, en tant que diplômé du parcours Relations Internationales de l’Institut d’Etude Politiques d’Aix en Provence et ancien chargé de mission à l’Ambassade de France à Tokyo, je suis particulièrement intéressé par le développement de ces systèmes de pensée qui témoigne de la richesse des  échanges non seulement matériels mais également spirituels qui ont eu lieu le long de la route de la soie. J’ai par exemple été surpris de découvrir lors de mes recherches pour l’écriture d’un de mes livres que le chrysanthème, le symbole de la famille impériale japonaise et qui est bien souvent repris par certains groupes d’extrême droite, est en réalité originaire de Chine et qu’il a été introduit au Japon pour être utilisé au cours d’une cérémonie Taoïste à la demande de l’Empereur Tenmu (règne de 673 à 686)

 

 

 

Vous êtes l’auteur d’un livre pouvez vous nous en dire un peu plus.

 

Comme je l’ai évoqué précédemment, je suis intéressé par les systèmes de pensées orientales pour deux raisons: Tout d’abord, je pense qu’ils peuvent nous apporter beaucoup de choses d’un point de vue du développement personnel, la deuxième raison est que je pense qu’ils nous enseignent que c’est en étant ouverts aux autres cultures que les sociétés humaines peuvent prospérer. Dans chacun des quatre livres que j’ai publiés, j’ai toujours essayé de faire passer ces deux messages. Par exemple, dans le livre sur les secrets des symboles des kimonos anciens, je montre comment il est possible de transformer sa vie de tous les jours en un voyage poétique et initiatique rien qu’en observant les détails de la nature qui nous entoure. Dans le même temps, je montre que si les japonais peuvent paraître parfois comme un peuple à part, leur culture s’est développée avec l’apport des civilisations étrangères. Ces échanges ont été possibles grâce à une partie de l’élite des anciennes cours impériales qui était très intéressée non seulement par la culture chinoise mais également Indienne et Perse.

 

Dans mon dernier livre, « Le péché dans le bouddhisme » que j’ai écris après avoir visité plusieurs temples bouddhistes au Japon et en Chine, j’essaye d’un côté d’analyser comment il est possible de ne pas culpabiliser de ses défauts et de ses erreurs en les considérant comme des opportunités ; dans le même temps, je montre que le dialogue interreligieux a beaucoup influencé le développement des grandes civilisations et qu’il est indispensable à la pérennité d’une société. J’ai vécu près de 8 mois à Xi’an, l’ancienne capitale des Tang et point de départ de la route de la soie. J’ai eu l’occasion de faire des recherches sur la minorité Hui. Issus des anciens marchands perses et arabes venus s’installer en Chine après avoir traversé la route de la soie, cette communauté musulmane s’est particulièrement bien adaptée à la société et à la culture de l’Empire du milieu. De confession musulmane, ils ont pratiqué un Islam atypique en incorporant des éléments du confucianisme et du taoïsme dans leur doctrine.

FNAC : http://recherche.fnac.com/ia2938085/Nicolas-Chauvat

 

Pouvez nous nous parler du Bouddhisme en Chine ? 

 

Lorsqu’ils pensent aux grandes religions monothéistes, beaucoup de chinois s’imaginent qu’elles renvoient à des croyances et des pratiques homogènes. Le Christianisme et l’Islam sont pourtant divisés en plusieurs courants qui présentent chacun des particularités qui lui sont propres. Par exemple, bien que le wahhâbisme et le soufisme soient deux branches d’une même religion, l’Islam, leurs doctrines diffèrent sensiblement sur de nombreux points. Il en va de même entre le catholicisme et le protestantisme. Ce qui est vrai pour les religions occidentales l’est également pour les spiritualités asiatiques. Cela est d’autant plus remarquable dans le bouddhisme qu’il n’existe pas un canon défini. Il y a bien des textes que l’on pourrait qualifier de sacrés, mais ceux-ci se comptent en milliers. Il n’existe pas à véritablement parler de socle commun entre les différentes écoles dont les pratiquants ne basent leur compréhension que sur quelques écrits. On peut constater l’existence de grandes divergences entres les pratiques bouddhistes des différents pays asiatiques. Le bouddhisme chinois ne ressemble pas au bouddhisme japonais qui est totalement différent du bouddhisme thaïlandais. Après avoir parcouru et habités dans plusieurs temples en Chine, j’ai pu m’apercevoir à quel point les clivages sont profonds entre les différentes écoles au sein d’un même pays. Pour ma part, j’ai une affinité particulière pour l’école Zhenyan (真言宗). J’apprécie le fait qu’elle considère les passions humaines comme une énergie potentielle pour atteindre la bouddhéité. Ce n’est pas en se reniant qu’on atteindra la sagesse, mais en sublimant sa nature. Je suis également intéressé par son analyse sur la vacuité. Notre état d’esprit influence profondément notre perception de ce que nous jugeons être la réalité. C’est d’abord en changeant l’invisible (notre conscience) que nous pourrons changer le matériel (corps etc..).

Le bouddhisme originel, tel qu’il était enseigné par Siddhârta était dénué de dogmes. Les représentations de Bouddha étaient interdites et la pratique personnelle était considérée comme plus importante que les offrandes.

La réalité du bouddhisme de beaucoup d’écoles actuelles en Chine est très différente. Je me rappelle avoir lu un proverbe chinois disant « Le moine qui ne parle pas de démon n’obtiendra pas d’offrande de riz ». Dans beaucoup de temples il est possible de voir des représentations des enfers avec des scènes de tortures assez violentes. Priez Bouddha ou les boddhisattva sinon vous tomberez dans les limbes où une myriade de démons vous feront subir des sévices plus horribles les uns que les autres. J’ai l’impression que dans une certaine mesure le bouddhisme chinois ressemble de plus en plus aux religions monothéistes occidentales.

 

 

Quelle est la place des religions dans la civilisation chinoise aujourd’hui ? 

 

Après avoir étudié plusieurs communautés de confessions différentes en France comme en Chine, il me semble que la place de la religion dans ces deux pays comporte certaines similarités. En France comme en Chine, les croyances religieuses constituent aussi bien une opportunité qu’un challenge pour la société. Dans un monde où les ressources et les richesses sont rares, le matérialisme outrancier et l’individualisme égoïste aboutit à des comportements qui menacent la pérennité de notre environnement et la stabilité des liens sociaux. La religion peut apporter des éléments de réponse à ces problèmes. Le bouddhisme, le taoïsme et le confucianisme sont d’autant plus importants pour la Chine qu’ils constituent une grande partie de son soft power. Indirectement, ils permettent d’attirer beaucoup de tourisme et donc, de faire marcher l’économie.

 

D’un autre côté, en France comme en Chine et comme dans beaucoup d’autres pays, la religion constitue une challenge qui menace parfois la stabilité de la société. Autrefois quête spirituelle, la religion est bien souvent détournée afin de défendre des thèses identitaires professant le rejet de l’autre. Parfois, ce phénomène prend une telle ampleur que certains refusent de se plier aux lois car celles-ci seraient contraires à ses croyances. C’est un problème particulièrement délicat à gérer. En tant que point de départ de la route de la soie, la Chine a constitué depuis plusieurs millénaires un carrefour de civilisations. Je pense qu’elle peut trouver dans son histoire certains exemples lui permettant de  comprendre comment faire pour créer une société multi-confessionnelle harmonieuse.

 

Youtube : https://www.youtube.com/channel/UCNKizgk5FC7XCm5XXgbtiIg/videos

 

 

Quelle citation chinoise préférez vous ? Et pourquoi ? 

 

L’une des citations qui m’a le plus inspiré dans mes choix de vie et que j’ai d’ailleurs reprise dans mon premier livre « Sagesse des proverbes orientaux » est la suivante :上善如水 L’homme de bien est semblable à l’eau, il profite axu dix milles êtres sans jamais ne lutter contre eux. Nos sociétés de consommation modernes accordent beaucoup d’importance à la notion de compétitivité. C’est en étant meilleur que l’autre voire même en l’écrasant que l’on peut réussir. Mais si on réfléchit un peu, on pourrait se rendre compte qu’aussi puissant que l’on soit, aussi grande soit notre entreprise, nous dépendons des autres pour survivre. Il est possible de s’enrichir pour un temps sur le dos des autres, mais cette réussite ne sera pas pérenne. C’est exactement ce qu’affirmait  Peter F. Drucker dans son livre « Management : tasks responsibilities, partices, le profit n’est pas la raison d’être d’une entreprise, mais un moyen pour continuer d’œuvrer pour son objectif véritable, profiter à l’ensemble de la société.

Ce message a également été repris par Kolter dans son concept de Marketing 3.0. Une entreprise qui a la capacité de légitimer son existence ainsi que ces différentes actions au sein d’une société en dépassant la simple recherche de profit aura plus de chance d’attirer l’attention des consommateurs et de les fidéliser. Il est très regrettable que beaucoup pensent qu’il faut être un requin pour être un bon homme d’affaire. Je pense que les systèmes de pensées chinois, notamment le taoïsme et le confucianisme montrent qu’au contraire, c’est en essayant de se comporter comme un gentleman que l’on pourra réussir dans la durée.

 

 

Vous gérez une page facebook animée, pouvez vous en dire plus sur cette page.

 

Au cours de mes recherches en Chine et au japon, j’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreux moines bouddhistes, taoïstes, des lettrés confucianistes mais aussi des passants qui bien que d’apparence ordinaire possèdent une sensibilité digne des poètes d’antan. J’ai créé une page Facebook sous le titre Sagesse d’Orient afin de partager une vision du monde, simple et romantique à la fois, que j’ai appris à leur contact. Sur cette page, je publie de nombreux passages de mes livres, des photos que je prends sur place ainsi que des images qui à mon sens illustrent bien les enseignements des spiritualités que je découvre. J’essaye de montrer en quoi il est possible tout au long de sa vie d’apprendre des autres sans se renier soi-même. C’est pour cela que je ne borne pas mes publications à une seule religion, j’essaye autant que possible de publier des textes bouddhistes, confucianistes, taoïstes, et dans l’avenir  je l’espère soufistes.

Facebook : https://www.facebook.com/pages/Sagesse-dOrient/284581571700991?fref=ts

 

Pintesrest : https://www.pinterest.com/Sagessedorient/

 

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Olivier 

Marketing Chine