L’influence chinoise sur Taiwan se resserrerait-elle ?

Sun Moon Lake, l’une des attractions touristiques préférées des Chinois à Taiwan, est dès le petit jour envahie par les touristes s’amassant autour de la jetée principale dans l’attente de prendre le bateau qui leur fera découvrir les rives du lac. Le brouillard est dense, et pourtant, les Chinois sont éblouis par le paysage.

Zhao Baofeng, un retraité de la province du Hubei de 54 ans raconte qu’il a été frappé par la politesse et l’éducation des Taiwanais. Il s’étonne encore plus des libertés politiques du pays : les principaux partis « peuvent dire ce qu’ils souhaitent à l’autre ».

C’est en 2008 que les premiers touristes chinois ont été autorisés à entrer dans le pays. Depuis, des millions ont visité cette ville démocratique que la Chine revendique comme l’une de ses provinces. Les chiffres sont en croissance et les chinois étaient environ 3 millions à visiter l’île l’année dernière. Cela représente plus d’un tiers des touristes à Taiwan.

Il y en a pour tous les goûts, du Musée du Palais National à la tour Taipei 101 (l’une des tours les plus hautes au monde), l’île recèle de plages paradisiaques avec un climat très agréable.

Le chiffre d’affaires de l’année dernière est estimé à 3.9 milliards d’euros. Cela représente une aubaine pour l’économie bégayante. Les fonctionnaires Taiwanais espèrent que l’hospitalité locale aura une influence sur les coutumes grossières de la partie continentale et que les bouffées démocratiques sauront laisser une impression durable.

Alice Chen, directrice adjointe du Bureau du Tourisme à Taiwan explique que le pays « permet à plusieurs partis politiques et religions d’exister » et les Chinois « peuvent regarder la télévision et voir nos législateurs se battre. S’ils souhaitent éteindre le poste, les Taiwanais resteront très gentils avec eux ».

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Les réactions des Taiwanais restent pourtant mitigées

L’année dernière, le gouvernement Communistes de la Chine a publié un guide spécial pour les touristes qui partent à l’étranger incitant les voyageurs à ne pas se curer le nez en public ou de ne pas laisser d’empreintes de pied sur le sièges des toilettes. Le Vice-Premier Ministre chinois a averti que « le comportement non civilisé » tels que parler à voix haute ou cracher en public était grandement préjudiciable pour l’image du pays.

Liu Chuen-TSAE, l’heureuse propriétaire d’un magasin de souvenirs à Sun Moon Lake, explique que les touristes chinois le stresse. Ils essayent souvent de négocier les prix à la baisse de manière agressive et répondent avec dégoût lorsqu’elle refusent. Qu’elle le souhaite où non, elle doit pourtant traiter avec eux car la plupart de ses clients viennent de la partie continentale de la Chine. « Je n’arrive plus à les supporter. Ils cherchent vraiment à faire une bonne affaire ».

Lorsque les nationalistes se sont retirés sur Taiwan en 1949, laissant les communistes en charge de la partie continentale, la communication entre les deux a été coupée. Les citoyens taiwanais ont pu commencer à visiter le continent dès les années 1980 et de nombreuses agences de voyage opérèrent en Chine. Mais jusqu’à récemment, les citoyens chinois se sont toujours vu refuser l’entrée sur l’île.

Les vols directs et la livraison de courrier a progressivement rapproché les deux côtes. Les touristes chinois repartent avec des sacs pleins de gâteaux d’ananas, de liqueur Kaoliang et d’articles de toilette car les produits taiwanais sont moins susceptibles d’être des contrefaçons.

L’afflux de continentaux à Taiwan montre à quel point les relations inter-détroit se sont développées et le vaste écart qui existe encore entre les deux parties. Malgré la forte croissance économique de la Chine, le revenu par habitant à Taiwan est toujours 4 fois supérieur à celui du continent.

Au pied de la Taipei 101, qui s’élève au-dessus de la capitale, les membres du Falun Gong effectuent leur méditation et exercices de respiration devant les bus déversant des dizaines de touristes chinois. Ce mouvement spirituel est interdit en Chine et les praticiens espèrent que les visiteurs repartiront avec une nouvelle image de cette pratique.

Serrant un sac Louis Vuitton, une femme de la province de Hebei dit qu’elle n’avait jamais vraiment prêté attention à la politique lors de ses visites à Taiwan. Elle y allait tout le temps pour faire du shopping et apprécier la nourriture. Elle ajoute : « La ville est propre, et les gens ont la classe ».

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Des inquiétudes compréhensibles

Certains Taiwanais sont prudents lorsqu’il est question des liens avec le continent. En mars dernier, des étudiants se sont opposés à la décision de la Chambre législative de Taiwan. Celle ci souhaitait passer un accord avec le gouvernement Communiste pour resserrer les liens économique. L’occupation de ces protestants n’a pas été arrêté par la police et le pacte stagne pendant que les législateurs examinent de nouveaux ces termes.

Lou Liliang, employé du gouvernement dans la province du Zhejiang, a été impressionné par l’adhésion des piétons à la réglementation de la circulation. En effet, contrairement aux continentaux, les Taiwanais ne traversent que sur les passages piétons. Cependant, selon Lou, les protestations des étudiants sont allés trop loin. « Taiwan est démocratique mais peut être un peu trop ».

Certains habitants disent éviter la Taipei 101, son observatoire au 91ème étage, ses magasins haut-de-gamme et ses restaurants aux spécialités taiwanaises à cause de la cohue des touristes chinois.

Jace Yang, travailleur financier de 40 ans, explique qu’il n’allait dans la tour que pour déjeuner avec un de ses amis qui travaille ici. Il a ajouté qu’il ne souhaitait pas que Taiwan s’ouvre aux investissements chinois sous peine de se transformer en un « second Hong Kong ». Les habitants craignent que la Chine aura une influence sur le système politique et que leurs investissements feront flamber les prix de l’immobilier. Le peuple chinois se doit d’abord d’apprendre les bonnes manières et de mieux se comporter dans les espaces publics.

Mais avec 23 millions de citoyens à la Chine de 1,3 milliard, Taiwan ne fait pas le poids et se doit de développer des relations plus étroites avec la Chine, ajoute Yang. « Nous avons besoin d’eux, mais nous ne voulons pas qu’ils soient trop influents, c’est très contradictoire ! »

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