La période du nouvel an chinois est anxiogène pour de nombreux commerçants français. En effet, deux ou trois semaines avant la célébration, ce sont des centaines de milliers d’usines chinoises qui cessent leurs activités. L’ « atelier du monde » ferme ses portes pendant trois ou quatre semaines consécutives, le temps que les ouvriers et employés chinois aient eu le temps de rejoindre leurs familles puis de regagner leur poste. La reprise du travail se fait alors de manière progressive, les usines mettant encore plusieurs jours à recouvrer leur capacité de production.

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Mais ce qui effraye encore plus les PME et petits commerçants français, c’est qu’entre 20% et 50% de ces employés chinois peu payés ne retourneront pas au travail une fois le nouvel an passé (voir le très intéressant article du Monde consacré à ce sujet). Le contact festif et prolongé avec leur famille remettra peut-être en question leur vie déracinée d’ouvrier précaire, gagnée au terme d’un exode rural toujours conséquent en Chine. Or des ouvriers qui ne reviennent pas, ce sont des contrats de production qui peuvent être interrompus du jour au lendemain, par manque de moyens humains.

Il est ainsi amusant de constater, sur les étales et les rayons des magasins, qu’en France le mois de Février rassemble 40% des ruptures d’approvisionnement ou des opérations de déstockage recensées chaque année. « L’introduction de nouvelles lignes de produits et les opérations de déstockage constatées fin février et début mars en France sont souvent des caches misères dont se servent les entreprises pour maquiller des ruptures importantes d’approvisionnement en amont de leur chaîne logistique, qui les poussent à repenser leur offre de produits » nous précise Elisabeth Michelet, présidente d’une association de consommateurs et spécialiste de la grande distribution.

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Les entreprises doivent donc être alertes et capables d’adapter leur stratégie marketing.

Thomas Leprince, fondateur d’un site de vente en ligne de linge de bain, nous livre son expérience: « Je me suis adapté au nouvel an chinois en retardant la sortie d’une nouvelle ligne d’articles en soie […]. Le retard de livraison des rouleaux de soie pure de Chine m’a empêché de lancer la production de ces nouveaux articles, production qui devait être réalisée en février afin de permettre une mise sur le marché mi-mars, à l’arrivée du printemps. Ce retard de production s’est donc traduit par une introduction plus tardive de ces nouveaux produits, mais j’ai pu minimiser l’impact sur mes ventes en prolongeant les produits antérieurs et en introduisant rapidement des accessoires de saison afin de maintenir le panier d’achat de mes clients à un niveau acceptable. » Et le jeune entrepreneur de rajouter : « L’adaptabilité est le maître mot lorsqu’il s’agit de traiter avec les chinois, et de manière plus générale avec des pays en voix de développement, où la quasi absence de congés pendant l’année est compensée par de longues périodes de repos, comme le nouvel an chinois, la fête du Têt au Vietnam ou la Semana Santa au Mexique. C’est une somme de contraintes qui doivent nous pousser à anticiper, et à nous adapter à l’imprévu. »