L’artiste Xu Beihong fait fureur

Xu Beihong est un artiste des années 1930/1940 qui peignait énormément pendant la guerre et l’invasion Japonaise des chevaux en liberté en utilisant la technique de la Lavis (utiliser une seule couleur à l’aquarelle ou à l’encre de Chine).

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Avant sa mort en 1953, il était Président de l’Académie des Beaux-arts de Pékin et de l’Association des Artistes de Pékin et est ainsi devenu un véritable symbole de l’art moderne Chinois qui a pu insufflé « l’esprit de la nation » à travers ses oeuvres. A l’heure actuelle où la Chine est en pleine renaissance, on observe un engouement pour ses œuvres qui sont vendues à des prix astronomiques aux enchères mondiales.

Xu QIngping, fils du célèbre artiste explique « aux Beaux-Arts de Paris, mon père a beaucoup appris l’anatomie des animaux. Il a su créer une technique spéciale, avec des coups de pinceau très libres, peu de traits et simplement de l’encre ». Il ajoute « Il a surtout réalisé ses chevaux pendant la Guerre de résistance (à l’occupation japonaise) et a mis toutes ses émotions dans ses tableaux. Le cheval est très beau, fidèle, courageux et va toujours en avant vers la victoire. Je crois que c’est pour cela que le peuple chinois aime ces tableaux ».

Les prix pour acquérir de telles œuvres d’art atteint facilement le million d’euros. Sachant qu’il existe des centaines de chevaux peints par le peintre, les acheteurs n’ont pas encore de soucis à se faire.

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Une technique particulière

La maison d’art Sotheby’s et son experte en peinture chinoise Carmen Ip, analyse : « Xu Beihong a inventé un style original en incorporant le réalisme de la peinture occidentale dans la peinture chinoise. Il utilise différents tons d’encre sur un papier blanc pour créer un effet d’ombre et de lumière. Ses chevaux sont sveltes et tout en muscles, pleins d’énergie ».

L’un des atraits unique de ses peintures est qu’il écrivait souvent un poème (notamment de Du Fu, un poète de la dynastie des Tang) en bordure de feuille pour soutenir et encourager la population à ne pas désespérer lors de l’invasion nippone vécue par la Chine.

Plusieurs peintres Chinois se sont démarqués depuis 2012 lors de ventes aux enchères et ont bouleversé le classement mondial en chiffre d’affaires et vente cumulés. Xu Beihong est l’un d’entre eux et est situé à la 5ème place derrière Pablo Picasso. Selon Artprice, leader des données sur le marché de l’art, il y a 6 artistes chinois qui figurent dans le Top 10. On peut trouver Zhang Daqian, numéro un du classement ou encore Qi Baishi qui est en 2ème position devant le maître du Pop Art Andy Warhol.

L’art Chinois a suivi la tendance de l’économie et a légèrement baissé en 2012 pour retrouver son dynamisme en 2013. Ce printemps, les œuvres de Xu Beihong se sont vendues pour des prix bien au-dessus des estimations. Néanmoins, cela n’est pas surprenant puisque ces œuvres ne sont achetées quasiment que par des Chinois  et l’artiste « a une cote qui reste bonne sur le long terme » comment l’a constaté Thierry Ehrmann, le Président et Fondateur d’Artprice.

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De la contre-façon à ne plus savoir où donner de la tête

Si son succès est aujourd’hui devenu international, Xu Beihong est également l’artiste le plus imité au monde. Son héritage artistique avait été estimé à 3000 œuvres mais si l’on en croit la totalité des collectionneurs, il en existerait plus de 10 000 ! Par exemple en 2011, un tableau du peintre représentant une jeune femme nue avait été vendu à 8 millions d’euros et c’est par la suite que des artistes auraient reconnu la modèle qui avait posé… 30 ans après la mort du maître.

En Chine, de nombreux musées sont entièrement dédiés à Xu Beihong. Cet artiste représente un symbole unique pour la Chine Populaire sans oublier bien sur que le peintre a su revigorer la peinture chinoise à une époque sombre. Le mois dernier, Pékin a accueilli une exposition éphémère « Un maître et ses maîtres » relatant l’héritage de la peinture académique française à travers les œuvres de Xu Beihong. Notamment avec l’enjeu du corps humain qui a été primordial lors de la formation de l’artiste aux Beaux-Arts de Paris.

Philippe Cinquini, commissaire de l’exposition à Pékin relate : « au XIXe siècle, la tradition lettrée en Chine voit réduite à néant la représentation du corps humain, alors que l’Occident la cultive depuis cinq siècles. La Chine se confronte à la modernité au début du XXe siècle complètement désarmée face au corps. Xu Beihong a joué un rôle essentiel dans ce retour du corps humain dans la peinture chinoise ».