« Un entrepreneur ou cadre expatrié en Chine doit-il forcément parler chinois pour manager une société ou mener à bien son projet? » Voici le Sujet traité avec l’interview de Romain le fondateur de Tailormade Chinese, une école de Chinois basée à Pékin et Shanghai. 

 

Tailormade– Le chinois est-il utile dans sa carrière en Chine ? 

 

C’est la question que tous ceux qui s’apprêtent à franchir le pas vers une carrière en Chine se posent. Les opinions divergent, et certains en Chine depuis des années continuent à se la poser.

De manière très générale, la réponse est clairement oui : maitriser la langue du pays dans lequel on souhaite se développer a toujours été un avantage clé, partout dans le monde et à n’importe quelle époque. Cependant, le chinois peut s’avérer plus ou  moins utile en fonction des responsabilités du poste, du secteur et de l’environnement dans lequel un individu évolue. Par ailleurs, apprendre une nouvelle langue est toujours un challenge, surtout lorsqu’il s’agit d’une langue aussi différente de la langue maternelle de la plupart des expatriés que le mandarin, et ce avec des agendas souvent très chargés des l’arrivée en Chine.

 

– Au-delà d’être « utile », parler chinois aide-t-il vraiment dans sa carrière en Chine ? 

Il existe différent type de carrières, dans différent types de structures. Plus le domaine nécessite des connaissances techniques pointues, ou la maitrise de processus internes spécifiques à une organisation, moins la maitrise du chinois sera indispensable. Pour des experts, ou des managers de haut vol envoyés par leur entreprise dans le cadre d’une mission bien précise par exemple. Ce peut également être le cas si les clients visés par l’entreprise sont des étrangers, ou des groupes de la population chinoise tout à fait anglophones.

A l’inverse, pour tous ceux qui auront à manager des équipes locales ou simplement travailler avec elles au quotidien, ceux qui visent la clientèle locale, essaient de comprendre le marché et de développer un solide réseau professionnel sur place, ou encore pour les entrepreneurs, la maitrise du chinois devient presque obligatoire. Parler chinois aide donc vraiment dans sa carrière en Chine et peut même aider au-delà. A titre d’exemple, une part conséquente de l’économie sud-est asiatique est tenue par des émigrés chinois. Ainsi, aux Philippines, en Thaïlande, Malaisie ou Indonésie, il n’est pas rare de faire des affaires en mandarin.

 

 

– Les décideurs chinois apprécient-ils plus les expatriés qui parlent chinois ? 

C’est le genre de choses dont un expatrié parlant chinois pourra mieux juger par exemple. Ce n’est pas parce que vous parlez chinois que votre manager vous laissera tranquille, que les medias ou l’administration locale vous favoriseront, ou encore que votre compétiteur vous dévoilera ses secrets. Mais la maitrise de la langue permet d’échanger sur un pied d’égalité. Les étrangers qui parlent chinois sont automatiquement considérés comme plus ouverts, plus respectueux, plus intelligents, et finalement comme plus proches. Donc dans l’ensemble oui, les décideurs chinois comme étrangers, et plus simplement les chinois en général préfèrent les expatriés qui font l’effort d’apprendre à parler la langue locale. Par ailleurs en Chine, la plupart des décideurs ne parlent pas anglais, surtout au-delà de la quarantaine. Parler chinois devient alors le seul moyen de s’adresser à eux directement.

learn Chinese

 

– Pour manager une équipe chinoise, parler chinois est-il nécessaire ? 

Si votre équipe est parfaitement bilingue, non ce n’est pas indispensable. Cependant, dans la plupart des cas les équipes ne sont pas parfaitement bilingues, et bien que le fait que les membres de votre équipe communiquent entre eux dans une langue inconnue ne soit pas l’idéal, des gens qui maitrisent la même langue maternelle vont l’utiliser pour communiquer à un moment ou un autre. Donc tout dépend encore une fois du type d’industrie et d’équipe : plus le niveau de l’équipe sera élevé, moins la maitrise du chinois sera indispensable pour la manager. Il est plus acceptable pour un directeur général de ne pas parler chinois si ses chefs de départements  sont anglophones que pour un directeur des ventes ou d’une équipe locale de niveau plus commun. Et inévitablement, en Chine il y a plus d’étrangers manager de niveau intermédiaire ou chefs de projet amenés à coordonner des équipes locales non bilingues que de directeurs de filiales. Dans la grande majorité de ces cas, une maitrise correcte du chinois est plus qu’une force, c’est une nécessité.

 

 

– Après combien d’heures de chinois un expatrié parvient-il à avoir une conversation basique ? 

Apres 30h de cours (en plus du travail personnel), si les objectifs de formation sont bien définis dès le début un étudiant est capable de se débrouiller en Chine, c’est-à-dire qu’il est capable de se déplacer seul en taxi, bus, métro et de demander son chemin, de négocier des prix, commander de la nourriture au restaurant, se présenter brièvement et d’échanger sur à peu près tout ce qui concerne les besoins quotidiens élémentaires.

 

A partir de 50h, il est possible de commencer à échanger des idées simples, et de commencer à ressentir les effets bénéfiques au travail, surtout si l’étudiant a appris en plus du vocabulaire de base les quelques mots qui reviennent le plus souvent au bureau ou dans son industrie.

 

Au-delà de 100h de cours privés, en fonction du volume de pratique au quotidien et du sérieux du stagiaire, les résultats peuvent être tout à fait étonnants en l’espace d’une année ou deux, à raison de 2 ou 3h de cours par semaine seulement.

 

Il est généralement recommandé à tous les expatriés de prendre au minimum 30h de cours des leur arrivée en Chine. Ces 30h peuvent être greffées sur un agenda même très charge. Reparties sur une période de 3 à 4 mois, elles permettront au stagiaire de maitriser le minimum nécessaire pour être indépendant au quotidien en Chine. L’idéal lorsque c’est possible est même de commencer les cours avant de venir en Chine, si possible avec une institution opérant et reconnue en Chine. En effet, de nombreuses méthodes d’enseignement déployées par les organismes de formation a l’étranger sont encore trop théoriques ou mal adaptées à la réalité sur place, et l’absence d’environnement propice ne permet pas aux stagiaires de s’auto-évaluer en cours de formation puisqu’ils n’ont ni l’occasion ni le besoin de pratiquer leur chinois en conditions réelles.

 

– Après combien d’heures de cours, un expatrié peut-il être « fluent » et traiter directement en chinois avec un partenaire chinois? 

Pour discuter des prix et des volumes de tel ou tel produit, 50h de cours peuvent suffire. Mais pour négocier les termes d’un partenariat ou échanger en détail sur un marché, 150 a 200 heures de cours minimum sont nécessaires, avec de la pratique et du travail personnel à coté. Cela implique également de se concentrer uniquement sur la partie orale, puisque la maitrise de tous les caractères correspondant a un tel niveau nécessiterait bien plus d’heures de travail, personnel principalement. 150h de cours à raison de 3h par semaine peuvent être enseignées en à peine plus d’une année, et un stagiaire tant assidu que motivé peut raisonnablement espérer parler un mandarin très correct en moins de 2 ans. Les expatriés dans des villes des nord ou autres villes dont la langue locale est très proche du mandarin progressent également plus vite, parce que le vocabulaire utilisé au quotidien et la prononciation des mots dans leur entourage sont plus claires, plus exactes. La proportion de chinois anglophones dans la population locale peut également jouer, et il est plus facile de survivre à Shanghai sans parler chinois qu’ à Shenyang par exemple.

 

Merci à Romain Tournier pour avoir répondu à nos questions et avoir fait partager son expérience.

 

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