La gestion du temps en Chine

 

La gestion du temps est propre à chaque culture. Selon Hofstede le rapport au temps des chinois est un rapport à long terme. Le contrôle de l’incertitude est faible, on laisse le temps apporter les réponses. On attend l’occasion. Selon Hall, les  chinois ont une gestion polychronique du temps. Il n’y a pas de gestion concrète du temps. Les délais sont peu respectés et on n’hésite pas à modifier plusieurs fois les tâches plutôt que de prendre le temps de faire les choses bien d’un coup.

gestion temps chine

Plutôt que la précipitation, les chinois vont attendre le  bon moment. Ils ne vont pas spécialement le planifier mais se mettre sur la bonne voie. L’occasion est apportée par le temps et il ne faut pas forcément forcer les choses. « L’Européen convaincu que l’efficacité vient de l’action, tend à ignorer l’effet de l’attente et du temps : il agit. Au contraire le Chinois plus sensible à la transformation est prêt à attendre que les circonstances lui deviennent favorables » (Chieng, 2006, p 222).

 

Lors des entretiens, nous avons pu voir que le temps était une notion qui revenait assez régulièrement. L’une des personnes interrogées a précisé que la conception du temps était différente : « les Chinois tendent à penser le temps comme un cycle qui n’a ni début, ni fin, tandis que pour les occidentaux le temps est linéaire et a un début et une fin. Par exemple, tandis que pour un occidental le contrat est figé dans le temps et ne peut être modifié, les chinois pensent au contraire que tout est renégociable à n’importe quel moment (incertitude (Hofstede1996)). De plus, les Chinois se fixent rarement des objectifs finaux vers lesquels tendre mais plutôt des voies à emprunter. Pour eux, le temps est aussi et d’abord « le moment ». » (Sandra Ganier). Les chinois ne vont pas prévoir forcément l’action dans le temps mais attendre le moment opportun. « La préparation est donc essentielle, souvent plus importante que l’action elle-même » (Chieng, 2006, p 185).

 

Le temps et le Business

Il arrive par exemple de ne pas comprendre, après avoir été en contact et avoir négocié une affaire avec des chinois, le fait de ne pas avoir de réponse de la part de son interlocuteur. Cependant cet interlocuteur pourra très bien revenir vers vous quelques temps après. Il  veut attendre le meilleur moment pour  faire affaire et ne va pas planifier son achat dans le temps. Un occidental pense que l’action fera avancer les choses et ne prends pas forcément le temps d’attendre alors que le chinois attendra le meilleur moment pour que les circonstances lui soit plus favorable. « L’Occident pense les choses statiquement alors que la Chine les pense dynamiquement. » (Chieng, 2006, p 111).

 

André Chieng (2006) lie la gestion du temps en Chine à la notion de procès. En Chine les choses ne changent pas brusquement mais sont liées à un procès. Beaucoup d’occidentaux sont assez déçus de voir au dernier moment leur partenaire chinois changer d’avis alors qu’ils pensaient que le contrat allait être signé ou qu’une joint-venture allait être créée. Un chinois qui doute va tenter de se renseigner, souvent auprès de personnes bien placées et cet avis pourra souvent l’influencer jusqu’au dernier moment. Il ne faut donc pas se réjouir trop vite et prendre son mal en patience. On remarque que la même règle est appliquée au gouvernement. Les lois n’évoluent pas brusquement, mais petit à petit.

Temps Chine

Pierre Henry Faye pense que les affaires sont aussi liées à la stabilité politique et aux besoins de vos interlocuteurs. « Si tu fais du business avec des personnes liés au gouvernement, il est fixé sur des périodes de stabilité politique […] de même ils n’ont pas toujours envie de faire de l’argent. Ils attendent le moment opportun. » (Pierre Henry Faye).  De même ils ne prennent pas forcément le temps de préparer les choses en amont pour éviter les problèmes, ils laissent les problèmes venir avant de les résoudre quand ils sont là. « Ils attendent les choses pour les gérer.

Ils résolvent les problèmes plutôt que de les planifier. » Pierre Leduc. De même il est plus difficile d’imposer des deadlines à ses employés. « On te dit oui mais tu ne sais pas quand ce sera fait […] il n’y a pas de futur proche. » Marine Charrier. En interviewant Thierry Kuoch un Franco-Chinois qui a travaillé dans les deux pays, il confirme cette gestion différente du temps.  « Oui, il est différent. Il y a quelque chose chez les chinois où on se dit que ça ne sert à rien de presser les choses, de tout mettre sous forme de procès. […] Il faut laisser les choses se faire et laisser les conditions plus favorables à l’action arriver. C’est une approche « long terme ». En France on part avec une idée en tête en Chine c’est moins clair, on s’adapte en fonction du parcours. » (Thierry Kuoch)

 

Texte rédigé par Thomas Jacquet

Thomas Jacquet