Bonjour,

Aujourd’hui nous avons le plaisir de recevoir Georges Hymans, un entrepreneur & blogueur français basé à Changsha.

 

Peux tu te présenter , ton parcours .. . 

 

Je m’appelle Georges Hymans. J’ai 35 ans.
En France je suis « sûr-diplômé » puisque j’ai DESS en droit communautaire et un MBA d’une école de commerce en Allemagne.

A 18 ans comme beaucoup je ne savais pas comment m’orienter. J’ai choisi les études de droit par élimination. Après plusieurs stages j’ai compris que les métiers du droit ce n’était pas pour moi : trop procédurier, souvent ingrat…
En fait ce qui m’a toujours attiré c’est le marketing stratégie. C’est un point commun avec toi. Je suis un créatif. J’aime aussi enseigner, communiquer, écrire.  J’ai donc repris les études en 2005. Mais il est difficile de changer de voie en France. On a tous une étiquette celle de sa formation initiale.
J’ai découvert la Chine en 2004. On commençait alors à beaucoup parler de Chine. J’ai trouvé un emploi d’été pour ouvrir une école de langue et y enseigner.
J’ai tout de suite eu le coup de foudre pour la Chine. Tout m’attirait : la gentillesse, la curiosité, les rêves et les idéaux des Chinois, l’énergie de la multitude, la culture et le mode de penser complètement différent, les possibilités et les ouvertures dans tous les domaines.

Je suis revenu travailler en Chine en 2006 pour la Chambre de Commerce Chinoise. J’ai alors ouvert des restaurants, ce qui n’a pas été facile. J’ai aussi rencontré mon épouse et nous sommes partis vivre en France plusieurs années.
De retour en Chine depuis 2 ans, j’enseigne le Français à l’université. Avec mon épouse nous importons du vin Français. Je tiens un blog et je réalise des vidéos pour partager mon quotidien.

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Peux tu présenter les sociétés que tu as crées en Chine. 

 

J’ai ouvert plusieurs entreprises en Chine pour le meilleur et pour le pire.

 

J’ai d’abord une longue expérience dans la restauration :

En 2007 avec un partenaire nous avons ouvert un petit restaurant Français.
Mais c’était joué d’avance car notre loyer était trop élevé. Il fallait alors proposer du cher et attirer une clientèle aisée plus exigeante en terme de décoration, d’offre, de service, de cuisine… pas facile. En plus notre emplacement était au second étage, pas évident alors de se faire connaître.
Nous avons vite fermé.

 

Avec mon épouse nous avons ouvert un petit restaurant au RDC cette fois ci et avec un plus petit loyer.

Nous avons rencontré un certain succès. Notre offre était française mais adapté aux goûts Chinois. Nous avions de petits prix abordables pour tous. Les médias se sont vite pressés pour me montrer à toutes les sauces.
Nous avons vendu ce commerce pour partir vivre en France.

 

Mon dernier projet de restaurant Français c’était il y a quelques années avec un ami Alain Bernard, pas le nageur mais un Chef Cuisinier. Je voulais retourner en Chine et tenter un concept de restauration Française abordable pour le « mass market ». Mon idée était un commerce ouvert toute la journée avec vente à emporter, cafés, gâteaux et une offre française simple, adaptée.
Le commerce tournait bien avec une clientèle étudiante, à côté d’universités. Mais il semblait difficile d’étendre le concept. Beaucoup reposait sur le travail d’Alain. Je pense que nous avons pêché sur la décoration, pas assez moderne. L’investissement était sans doute trop réduit, l’offre pas assez automatisé.
Nous avons vendu.

Aujourd’hui mon ami Alain Bernard est associé avec un Chinois et opère un restaurant Français à Changsha. J’en parle dans une vidéo. Si vous passez à Changsha allez le voir.

Et un reportage de la télévision Chinoise :


 

 


J’ai aussi une expérience dans l’import et la vente du vin

 

J’importe en effet du vin Français en Chine. Nous vendons avec ma femme Chinoise à quelques restaurants, entreprises, administrations ainsi qu’à des particuliers. Nous n’en sommes qu’à nos débuts donc je n’ai pas beaucoup de recul.

Je dirai que notre point fort c’est de petits coûts. Nous vendons dans un appartement. Nous stockons le vin dans un petit local, pas de loyer lourd d’un local commercial à supporter, pas non plus de salariés à payer.

Le marché du vin en Chine est énorme : presque tous les Chinois boivent de l’alcool soit de l’alcool de riz, de la bière ou du vin. Le prix et la qualité sont les clefs pour vendre. L’accent est mis sur l’un ou l’autre selon le profil du client. La qualité est souvent perçue par la provenance : Française, Bordeaux et aussi par l’emballage, une garantie supplémentaire de qualité c’est le label bio.



Peux-tu nous décrire ton blog avec ta meilleure vidéo et ton meilleur article. 

 

Je mets en ligne très régulièrement des vidéos sur mon expérience de la Chine.

Je suis plutôt bavard, donc j’aime bien m’exprimer en faisant des vidéos en anglais.
J’aime bien aussi partager les connaissances de la Chine ou tout simplement mes observations. D’ailleurs cela me permet d’échanger avec d’autres qui ont parfois une expérience très riche de la Chine.
Je peux encore gagner un petit revenu ce qui est toujours motivant. Il faut bien une carotte pour faire avancer l’âne.
J’ai aussi un blog mais je le tiens peu à jour. Cela demande beaucoup plus de temps d’écrire.
Je pense que toutes mes vidéos sont intéressantes selon ce qu’on recherche.

J’essaye d’ailleurs de les regrouper par liste : ouvrir un restaurant/ importer du vin/ les gestes des Chinois/ les stéréotypes des Chinois/ les fêtes et festivals en Chine…

Pour citer vidéo récente qui me plaît :

 

J’explique pourquoi beaucoup de Chinois rient quand ils voient un étranger, certainement pas pour se moquer. Le rire en Chine a une signification différente.

Ou encore

J’explique pourquoi les Chinois sont des menteurs. Le mensonge est toléré et excusé en Chine. C’est une approche complètement différente de la notre. En occident, il faudra avouer la faute et agir en conséquence. En Chine, on évitera le conflit par soucis d’harmonie sociale, on pourra et il faudra donc mentir.

Pour citer un article que j’ai pris plaisir à écrire :

J’explique que le travail est perçu différemment en Chine, car il n’existe pas de délimitation stricte entre la vie privé et le travail. Beaucoup de Chinois travaillent d’ailleurs en famille.

 

 

3 conseils que tu donnerais à un entrepreneur en Chine

3 conseils seulement ce n’est pas facile car il y a beaucoup à dire…

J’ai regroupé les vidéos dans cette catégorie « entreprendre en Chine »:

https://www.youtube.com/watch?v=WjYAyBVmIyU&list=PLOcxrn4H6c5N9AGLfd6rMUdFyBB-Tz5Tw

 

  1. De petits coûts.

Ma vision est celle d’un particulier. Il y a ce que l’on dépense et ce que l’on gagne. Plus on dépense et plus il faut gagner. Il faut donc prioriser entre les dépenses que l’on juge utiles et les dépense que l’on juge inutiles. Il faut aussi savoir si l’on peut gagner plus et si l’on est prêt aux sacrifices que cela implique : temps, fatigue…
C’est pareil pour un entrepreneur en Chine. Je pense que la plupart des faillites en Chine c’est une question de coûts : loyer trop élevé, investissement initial démesuré…

Mieux vaut donc commencer petit avec de petits coûts et pour roder son offre. Je cite souvent la phrase « don’t be stuck in the middle ». En Chine les entreprises qui marchent bien sont soit très grandes, soit toutes petites. On le constate assez facilement pour les commerces, les restaurants…

 

  1. Une offre adaptée aux Chinois.

Cela peut paraître évident, mais trop d’entreprises étrangères arrivent avec leur offre qui ne convient pas du tout aux Chinois : pour le goût, la présentation, le design, l’image, le service offert, le prix…
Si la marque est connue cela peut fonctionner mais autrement c’est l’échec assuré.

 

  1. Avoir un Chinois à ses côtés

Les entreprises étrangères ne sont pas les bienvenus en Chine.
S’agissant des multinationales, elles ont les moyens de dépasser certaines barrières notamment par un investissement initial important, un recrutement local pour se créer un réseau, des partenariats ciblés.

Pour une entreprise classique, étrangère tout devient vite insurmontable. Tout dépend du secteur d’activité. Mais plus généralement en Chine il faut un réseau. Il faut des connaissances terrain, culturelles, locales…

Je dirai que l’idéal est d’enregistrer une entreprise Chinoise. Cela permet de bénéficier des mêmes avantages que les concurrents Chinois, voir d’agir parfois dans l’illégalité et du moins d’éviter certaines tracasseries administratives. A défaut il faut s’entourer de Chinois sur lesquels on peut compter.

 

 

Le marché du vin en Chine, comment le vois tu évoluer ? 

Le marché du vin est énorme.

Je pense qu’il va continuer à grandir.
Les Chinois aiment boire. Mais ils sont de plus en plus nombreux à s’inquiéter pour leur santé.
Concrètement, cela veut dire boire du vin (ou de la bière) plutôt que du baijiu (l’alcool de riz Chinois à 40° responsable de cancers, ulcères…).
Pékin veut aussi développer le vin au lieu de l’alcool de riz. Le raisin pousser sur des terres arides. Le riz doit lui servir à nourrir.

Du côté des très riches, connaisseurs, on a une évolution vers plus de qualité par exemple: la tendance est aux vins de Bourgogne, au label bio…

Tu vis à Changsha, peux tu nous décrire ta ville d’adoption en Chine…

Changsha ce n’est pas très connu auprès des étrangers.
Pourtant les Chinois eux connaissent tous cette ville. C’est là qu’a vécu Mao Tsé Toung.
C’est la capitale de la Province du Hunan en Centre Chine. La ville doit compter environ 7 millions d’habitants et bientôt fusionner avec deux villes voisines.

La ville de Changsha se développe beaucoup. Leur passé les aide et ils reçoivent le soutien inconditionnel de Pékin.
Changsha c’est une ville administrative ou sont organisés régulièrement des colloques importants. Cela favorise l’hôtellerie, les services et plus récemment le tourisme.
Changsha c’est aussi une ville universitaire importante.
A Changsha il y aussi plusieurs entreprises étrangères surtout Allemandes, Japonaises, Coréennes. En effet, lorsque les puissances occidentales ont occupé la Chine, les Français se sont établi à Wuhan, les Allemands à Changsha plus au Sud.
Enfin la Province du Hunan est très riche en minerai c’est une industrie phare et cela explique que Changsha regroupe plusieurs constructeurs automobiles Chinois et aussi du secteur ferroviaire.
J’aime beaucoup vivre à Changsha car par rapport à une ville comme Pékin, Shanghai et même Wuhan, Changsha reste plus petite, moins étendue. J’espère que la ville ne va pas grandir trop vite. De plus Changsha est peu occidentalisé. Vivre à Changsha c’est tous les jours faire l’expérience de Chine typique.

 

Quelles sont selon toi les 3 grandes tendances marketing en 2015 ? 

 

C’est une question difficile.
Je pense qu’en Chine les tendances marketing sont surtout dans le monde digital : les Chinois sont très connectés.
En premier, je dirai la vente en ligne directement aux particuliers. Les Chinois achètent de moins en moins dans les magasins. Ils préfèrent des sites en ligne comme Taobao ou T-Mall.

Et il y aussi, un phénomène nouveau qui prend beaucoup d’ampleur : la vente de particulier à particulier. J’en parle dans une vidéo.


Les Chinois résidant ou en voyage à l’étranger font leurs courses pour tous leurs contacts. Ils vendent sur wechat.

Enfin, à mon avis plusieurs applications smart phone sont aussi la tendance marketing 2015. Je pense notamment aux applications pour commander à manger avec livraison à domicile.

 

Quels sont les 3 marchés les plus porteurs en Chine selon toi en 2015 … 

C’est encore une question difficile. A mon niveau, je dirai le tourisme, la santé, l’éducation.
S’agissant du tourisme, les Chinois ont un meilleur niveau de vie et ils voyagent de plus en plus en Chine comme à l’étranger. Avec le nouveau taux de change de l’euro, il vont arriver massivement en France, une destination favorite mais aussi aller en Thaïlande, au Vietnam, en Malaisie…

 

La santé me paraît plus que toujours porteur.
Avec les nombreux scandales alimentaires, la pollution de l’air, les cancers, le diabète, l’obésité et aussi la possibilité d’avoir un second enfant… les produits santé ont le vent en poupe. Pour en citer quelques uns : produits importés, machines pour jus de fruits frais, machines pour faire son huile, purificateur d’eau, compléments alimentaire pour femmes enceintes, miel importé, lait importé, vin bio, purificateur d’air pour appartement, voiture…
A mon niveau je constate aussi un engouement toujours grandissant pour le sport et les gyms, le plus souvent pour lutter contre l’obésité.
Encore plus nouveau et une tendance à ses tous débuts, l’enseignement de sports de combats, Boxe, MMA, Ju Jitsu… car les Chinois se sentent moins en sécurité.

 

Enfin l’éducation c’est toujours un marché porteur en Chine.
Les parents sont prêt à dépenser beaucoup pour leurs enfants et dès le plus jeune âge il y a une surenchère : cours privés, séjours à l’étranger… Cela commence même avant la naissance : accoucher à l’étranger pour avoir la nationalité et parfois bénéficier du regroupement familial !
J’en parle dans cette vidéo :

As tu une citation préférée ?

Quand ils auront coupé le dernier arbre, pollué le dernier ruisseau, pêché le dernier poisson.
Alors ils s’apercevront que l’argent ne se mange pas.
Tatanka Yotanka – Sitting Bull, guerrier sioux

Ma vision de l’avenir n’est pas rose.
Je doute que l’homme ait une chance de survie face au réchauffement climatique, à la surpopulation, à l’épuisement des ressources.
Cette citation est importante pour moi car elle me rappelle que chacun de nous en tant que consommateur et pollueur porte sa part responsabilité au travers ses actions au quotidien : alimentation, transport, habillement…
Elle me rappelle aussi qu’il faut faire ce qu’on aime dans la vie, toujours rester tolérant, gentil avec les autres car c’est cela l’humanité.

 

 

Merci George pour cette interview, et du temps que tu as passé pour répondre à ces questions.

Si vous avez des questions à Georges, Allez y laissez un commentaire. 😉

 

Retrouvez Georges sur sa chaine youtube ou via son blog.

 

 

Olivier

Marketing Chine