Dans les médias, on l’appelle communément « le Twitter chinois », pour des raisons pratiques de compréhension du lecteur. En réalité, si la plate-forme de microblog la plus utilisée de Chine s’en est effectivement largement inspirée, ses concepteurs ont su l’améliorer, la rendre plus fonctionnelle et plus ludique.

weibo

Le microblogging rencontre en Chine

Mais surtout, le microblogging rencontre en Chine un succès bien supérieur à celui qu’il a dans les pays occidentaux.

Les chiffres en attestent : sur les 900 millions d’internautes chinois, ils seraient 500 millions à être incrits et plus de 100 millions d’adeptes de l’expression en 140 signes, selon un rapport publié ce mois-ci par le Centre d’information du réseau Internet de Chine.

Un immense marché sur lequel Weibo, le service proposé par la société Sina, est en situation de quasi-monopole. (tencent Weibo n’a jamais percé)

Wechat sur mobile est aujourd’hui un concurrent de choix.

Comment expliquer un tel engouement populaire pour un outil presque exclusivement utilisé en Occident par les journalistes, les geeks et autres adeptes du « personal branding »?

 

Twitter, « un outil de geek »

twitter La première raison tient peut-être aux fonctionnalités du site.

Lancé 2009, un mois seulement après que Twitter s’est fait reléguer à l’extérieur de la grande muraille du web, Weibo a su adapter l’outil, et le rendre plus intuitif et plus complet, en proposant notamment aux utilisateurs de poster images et vidéos directement dans le tweet, en plus des fameux 140 signes. Autre aspect pratique : la plate-forme intègre un réducteur d’adresse URL automatique.

Mais surtout, Weibo affiche directement sous chaque tweet les réponses qui y sont faites. Cela permet de lancer de véritables discussions suivies, ce qui n’est pas vraiment possible sur Twitter.

« Twitter est un outil de « geek », ce n’est pas très facile d’y trouver des informations, estime Renaud de Spens, spécialiste du web chinois et utilisateur des deux sites. Sur Weibo, on accède plus facilement à ce que disent les amis de nos amis. C’est beaucoup plus viral ».

Enfin, autre différence de taille : 140 caractères permettent d’exprimer beaucoup plus de choses en chinois qu’en français ou en anglais. Ainsi, l’expression « ba miao zhu zhang » (拔苗助长), qui signifie « essayer d’aider des plants à pousser en tirant dessus », se dit en quatre caractères chinois, alors qu’en français il en faut 53…

 

Weibo victime de la censure

 

weibo est censuré

Mais au delà de ces raisons techniques, « le Twitter chinois » doit surtout son incroyable succès aux caractéristiques de la société chinoise.

« Les Chinois ont un problème de sociabilité, que le web et Weibo aident à régler, estime l’éditorialiste Yao Bo. Et puis en Chine, les canaux par lesquels nous pouvons obtenir des informations sont trop peu nombreux. Weibo en est un, et il est très efficace ».

Plus connu en Chine sous son nom de plume, Wuyuesanren, Yao Bo sait de quoi il parle : avec quelques autres, il fait partie des candidats indépendants aux prochaines élections des représentants locaux aux congrès du peuple.

Puisqu’ils doivent une grande part de leur popularité aux microblogs et qu’ils en ont fait le support principal de leurs campagnes, ils ont hérité du surnom de « candidats Weibo ».

Des candidats s’attaquant à l’hégémonie du Parti communiste chinois, le sujet est délicat ; or, c’est bien là que réside l’une des principales forces du microblog : l’information y circule et s’y reproduit si vite qu’il est très compliqué pour les autorités de l’éradiquer.

Un message posté par un internaute à ses contacts peut immédiatement être « retweeté » à des millions d’autres utilisateurs, qui peuvent le faire suivre à leur tour, accélérant potentiellement la vitesse de contamination de manière exponentielle, et rendant impuissants les censeurs les plus dévoués.

Un internaute expliquait « c’est un effet boule de neige très difficile à interrompre. Et cela a un autre avantage : les informations circulent si bien que même des personnes qui ne s’intéressent a priori pas aux sujets sensibles les verront passer, alors qu’ailleurs, il faut faire l’effort d’aller les chercher. Weibo représente donc pour beaucoup d’internautes qui l’utilisent pour des raisons plutôt égocentriques un apprentissage, une initiation à d’autres types d’informations ».

 

C’était un moyen d’expression Trop citoyen !

D’autant que sur Weibo, s’exprimer ne coûte rien et ne demande aucune compétence : pas besoin d’avoir les talents littéraires d’un blogueur pour écrire un message de 140 signes.

Ainsi, chacun devient apprenti-reporter et peut, depuis son ordinateur ou son téléphone portable, rendre compte de faits ou exprimer son opinion. Une petite révolution dans un pays ou la diffusion de l’information est depuis longtemps -et plus qu’ailleurs- l’apanage du pouvoir.

Sina Weibo

De plus en plus, les citoyens-internautes obtiennent donc, via Weibo, voix au chapitre. Les exemples dans lesquels leur implication a contribué à influencer le cours d’affaires publiques ou judiciaires ne manquent pas.

Dernier exemple en date, lors de l’accident de train qui a fait au moins 40 morts à Wenzhou fin juillet 2012, les agissements des autorités ont été en quelque sorte placées sous la surveillance et la critique du public via Weibo.

Informations et interrogations s’y sont échangées en texte, en photo, en vidéo, et même sous forme de documents, un internaute y ayant posté les formulaires de compensation proposés aux victimes.

L’outil, a priori politiquement neutre, contribue donc clairement à structurer le débat public ou, précise Renaud de Spens, « à le focaliser sur certains débats, qu’il permet de diffuser ».

Weibo a mis les autorités chinoises en porte-à-faux

Face à un tel phénomène, les autorités chinoises ne peuvent évidemment pas rester les bras croisés. C’est pourquoi, outre la censure qu’elles s’évertuent à appliquer, elles réfléchissent à une utilisation de l’outil à leur avantage.

C’est d’ailleurs l’objet d’un éditorial paru la semaine dernière dans le Quotidien du Peuple, incitant les dirigeants à se mettre au microblogging.

« Sur les microblogs, ne pas parler à la manière des officiels et ne pas faire de discours creux est devenu le premier critère. La limite de 140 caractères oblige à parler avec concision. (…) Dans le contexte d’une communication multi-dimensionnelle et directe avec le public, les conséquences des mensonges et des propos erronés sont « très sérieuses », prévient le quotidien gouvernemental.

Les autorités sont bien tentées de se mettre sur Weibo pour améliorer leur communication : 4 920 services gouvernementaux et 3 949 hauts fonctionnaires y ont d’ailleurs déjà ouvert des comptes, selon le site gouvernemental french.china.org.cn.

Mais le jeu est risqué. Comme le rappelle l’éditorial, les microblogs « mettent Shakespeare et le public au même niveau ». Ce faisant, ils exposent tout un chacun aux réponses et aux critiques, ce à quoi les officiels chinois, non-élus, sont loin d’être habitués.

Fang Binxing en avait fait les frais. Celui que les internautes chinois appellent « le père de la grande muraille du web » pour être l’ingénieur principal du système de censure du web chinois, s’était alors créé un compte Weibo.

La réaction des internautes avait été immédiate et massive : devant le déferlement de critiques et d’insultes qu’il avait reçues, les administrateurs avaient été obligés de fermer la page de l’ingénieur et, ironie du sort, de censurer les mots-clés « Fang Bingxing ».

Weibo devient le twitter chinois

Weibo était un mix entre Facebook et twitter mais aujourd’hui il devient le twitter chinois, utilisé par les Opinions leaders, les personnalités pour communiquer ou encore par les marques.

Aujourd’hui les discussions de la vie quotidienne ont disparues ( ou presque) laissant place à un feed de news de qualité, créé par les weibonautes.

 

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