Les Chinois sont de plus en plus exaspérés par un système de santé miné par la corruption et les mauvaises conditions de prise en charge, rapporte un grand journal chinois.

 Le système de santé chinois

Un reportage, diffusé par CCTV fin-juillet dans le cadre d’une émission consacrée aux magouilles des hôpitaux illégaux, a fait l’effet d’une bombe. Dans la séquence qui a fait polémique, un journaliste envoyait de simples extraits de thé vert qu’il faisait passer pour de l’urine en demandant une analyse. « Le rapport qu’il a reçu était problématique » raconte le Nanfang Zhoumo« Il diagnostiquait une inflammation de la prostate et de l’épididyme. »
« Le reportage a créé un débat virulent dans la communauté médicale, explique l’auteur de l’article. Les médias, qui ont commencé par critiquer les « hôpitaux noirs », se sont vite mis à attaquer ce qu’ils considéraient comme un « journalisme de piège ».»

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Une source de profit

L’hebdomadaire rappelle que cela n’est pas la première fois qu’une telle histoire se produit. En 2007, China News Agency avait utilisé le même procédé et constaté que six des hopitaux « piégés », – parmi lesquels des publics et des privés – avaient trouvé une inflammation dans du thé vert. En cause, selon Zhang Shimin, de l’Union Medical College Hospital (PUMCH) de Pékin interrogé par le magazine, le manque de formation du personnel chargé d’examiner les échantillons. Certains, révèle-t-il, ne savent même pas utiliser un microscope… Mais surtout, ces tests sont devenus une source de profits considérable pour les hôpitaux, qui en abusent et les utilisent pour rabattre les patients vers des soins inutiles. Selon Yan Huizhong, expert médical interviewé par le Nanfang Zhoumo, « les patients n’ayant besoin que d’un test se voient prescrire un « pack » complet ». L’auteur de l’article confirme : arrivé dans un hôpital de Pékin pour un simple contrôle d’urine « de routine », il s’est retrouvé avec une facture de plus de 300 yuans incluant divers autres tests qu’il eut le plus grand mal à se faire rembourser.

Violences entre patients et médecins

De telles constatations ne vont pas contribuer à améliorer l’image d’un système de santé que les Chinois considèrent déjà avec défiance. Comme le rappelait récemment une « chronique sociale » de l’ambassade de France en Chine, plus de 17 000 conflits violents ont opposé médecins et malades (ou leurs familles) en 2010, touchant 70 % des établissements de santé, selon des statistiques publiées par le China Daily. « Les chiffres sont en augmentation et les agressions corporelles contre le personnel médical sont de plus en plus violentes. Le meurtre d’un jeune interne par un patient de 17 ans à Harbin (province du Heilongjiang) — trois autres médecins ayant été gravement blessés lors de l’agression — a choqué le pays tout entier. L’histoire a d’autant plus ému que dans 65 % des réponses à une enquête en ligne sur la réaction à cette tragédie, les internautes se sont déclarés « satisfaits » de son dénouement. Ce qui en dit long sur la relation entre les soignants et leurs malades », explique la chronique. Et l’auteur de lister les diverses difficultés rencontrées par les patients chinois : « la longue durée d’attente pour accéder à une consultation, des processus compliqués pour les soins à l’hôpital, les attitudes parfois peu respectueuses du personnel de santé, le manque d’explications et de communication, la sur-prescription de médicaments, d’analyses, et de contrôles, les frais médicaux élevés… »

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