La forte attraction des étudiants chinois pour les universités étrangères : limites et opportunités

Dans la fin des années 1970, les Iraniens étaient le plus large groupe d’étudiants internationaux sur le campus de Georgetown University, à Washingtion DC. Marguerite Dennis y était jeune responsable des admissions. Elle raconte qu’un beau matin, pendant la révolution iranienne de 1979, tous les étudiants avaient été renvoyés en Iran. Aujourd’hui, Dennis met en garde d’un même scénario, certainement plus étalé dans le temps, des étudiants chinois dans les campus occidentaux.

Il y a toujours de plus en plus de jeunes chinois qui souhaitent étudier à l’étranger. Selon un rapport publié par le HEFCE (Higher Education Funding Council for England), il y a presque autant d’étudiants chinois que d’étudiants anglais inscrits aux programmes de master en parcours initial, ce qui représente un quart du total des inscrits en 2013.

Ceci a été une source de revenue bienvenue par les universités occidentales mais cela les a aussi rendues vulnérables à un potentiel ralentissement des recrues chinoises. Trois raisons l’expliquent : une population vieillissante, un ralentissement de l’économie ainsi qu’un environnement politique oppressant qui perçoit l’éducation occidentale comme une menace.

A ce jour, seule la démographie peut être estimée : selon la Division de la Population des Nations Unies, la tranche des 18-23 ans de la population chinoise tend à diminuer par cinq dans les prochaines années. Cette tendance devrait se stabiliser jusqu’en 2040 et déclinerait à nouveau par cinq jusqu’en 2050.

« Du fait du développement économique de la Chine et du système de valeurs sociétales de celle-ci, les familles ont toujours attaché une grande importance à l’éducation. La famille ferait tout et n’importe quoi pour aider et encourager leurs enfants à poursuivre les études, non seulement en Chine mais aussi à l’étranger.» nous dit Shen Yang, conseiller ministériel de l’éducation à l’ambassade de Chine à Londres. Malgré le possible déclin de la population chinoise, le nombre d’étudiants chinois à l’étranger ne devrait pas en être impacter. Pourquoi ? Parce que du fait d’une richesse croissante, de plus en plus de familles enverront leurs enfants étudier à l’étranger. Les hypothèses de Shen Yang ont déjà été confirmées par les faits puis que les statistiques de l’ONU montrent qu’entre 2010 et 2015, la population chinoise âgée de 18 à 23 ans a diminué d’un quart mais que le nombre d’étudiants chinois d’outre-mer a doublé sur la même période.

Même si la croissance économique chinoise a ralenti ces dernières années, le gouvernement chinois a décidé de redistribuer plus de richesse à la population ce qui signifierait que les ménages disposeraient davantage pour dépenser dans l’éducation.

Andrew Scott Conning, un doctorant de l’Ecole d’Harvard, ajoute paradoxalement que si l’économie chinoise est instable, les familles verraient plus d’avantages à envoyer leurs enfants à l’étranger, où il y aurait plus d’opportunités.

BN-JS197_0804im_G_20150804171156

L’envol des étudiants chinois

Un facteur difficile à prévoir pour les familles chinoises est l’instabilité de la monnaie. L’envol des étudiants chinois envoyés au Royaume-Uni ne démarre réellement qu’après la grande dévaluation de la livre après la crise financière. Cependant, la dévaluation du Renminbi d’Août dernier ont rendu les études à l’étranger beaucoup plus coûteuses. Il est donc difficile d’estimer le risque de gain ou de perte d’un tel investissement.

Matt Durnin, directeur de recherche en Chine pour le Conseil anglais, considère que le besoin de s’expatrier pourrait diminuer s’il y avait de meilleures institutions nationales, ce qui s’apparente être de plus en plus le cas en Chine au vue du nombre d’universités chinoises classées parmi les meilleures universités selon le propre classement de la Chine.

Néanmoins, avec la massive expansion des places en université depuis les années 2000, la plus-value des salaires des diplômés domestiques a nettement diminué : ceux qui entrent sur le marché du travail en 2008 perçoivent 27% de moins que ceux en 2002. Beaucoup de diplômés sont alors amenés à accepter des emplois qui sont accessibles dès le second degré. Le salaire de départ moyen pour un diplômé de licence étrangère est d’environ 5 000 renminbi (667€) par mois une fois retourné en Chine, ce qui représente tout de même le double d’un diplômé chinois. Alors même si les diplômes étrangers sont très valorisés par les familles, encore faut-il qu’ils le soient par les entreprises.

Etudier à l’étranger un gros plus pour les chinois

D’un point de vue politique, même si envoyer son enfant étudier à l’étranger n’est pas interdit, le gouvernement chinois tente de réduire les influences occidentales sur le système politique chinois puisque les étudiants rentrant d’un séjour à l’étranger sont plus neutres vis-à-vis des affaires politiques et prônent davantage les valeurs occidentales.

Pour l’instant, il n’existe pas de stratégie pour les universités étrangères de limiter un quelconque bouleversement provenant de la Chine, mais ce qu’ils peuvent faire désormais c’est d’améliorer leurs conditions pour attirer davantage d’étudiants chinois. Ceux-ci font souvent face à des problèmes tels que le manque d’intégration social, un niveau d’anglais qui laisse à désirer, un faible esprit critique qui résulte en des mémoires de mauvaise qualité. Dans la perspective des revenus apportés par les étudiants chinois, les universités étrangères ont commencé à proposer des packages d’inscription pour faciliter leur admission malgré quelques lacunes. Ils arrivent ainsi avec un manque de connaissance de la langue et une mentalité culturelle très différente. Ne trouvant pas de soutien sur place, ils finissent naturellement par se retrouver et rester entre eux. C’est un point crucial que les universités étrangères doivent résoudre.

Qu’importe les bonnes ou les mauvaises raisons d’étudier à l’étranger, une fois la décision prise, il est nécessaire de se munir d’un bon sens d’adaptation pour profiter pleinement de l’expérience.

Lire aussi