Le prix du Maotai, un alcool blanc de luxe, explose. Le baijiu préféré des repas officiels était une « valeur refuge » pour les investisseurs mais aussi le témoin de la corruption des élites chinoises.

 

Histoire de la marque

Printemps 1935. La guérilla communiste est épuisée, et fuit péniblement les assauts des nationalistes. Dans un village du Guizhou, l’Armée Rouge Chinoise trouve un répit salvateur : l’alcool de Maotai leur permet de désinfecter leurs plaies, guérir leur diarrhée, et apprécier un moment de détente.

Zhou Enlai, fera de cette boisson déjà appréciée sous la dynastie Qing l’alcool national de la République Populaire : « la longue marche a été un succès en grande partie grâce au Maotai », déclarera-t-il une fois Premier ministre de Mao.

Rien d’étonnant, avec une telle publicité, qu’on retrouve aujourd’hui les flacons blancs et rouges dans tous les banquets officiels, comme dans les rencontres plus intimistes entre hauts fonctionnaires ou chefs d’entreprises. Le Maotai – ou Moutai, comme l’affichent les fameuses bouteilles – est une boisson incontournable de l’élite et un cadeau de choix pour entamer une négociation.

 

zhou Maotai

Visite historique de Nixon en Chine. Le président américain fait la connaissance du Premier ministre Zhou Enlai, qui lui présente un ami cher : le Maotai

2000 yuans à 53°

Si les palais non avertis l’assimilent aux autres baijiu, les alcools blancs chinois reconnaissables à leur goût « puissant », le Kweichow Moutai est considéré comme la boisson des rois par les connaisseurs. Il faut dire qu’à 2000 yuans la bouteille, ses 53° d’alcool sont réservés à un public aussi fortuné que résistant.

Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi, car si le Maotai est depuis longtemps considéré comme un baijiu de qualité supérieure, un flacon ne valait pas plus de 200 yuans il y a moins de 10 ans. La flambée des prix est particulièrement saisissante ces derniers temps : l’étiquette affiche 500 yuans de plus que début 2011 rapporte le China Daily

 

Le cours du sorgho, la céréale qui sert de base à sa fermentation, n’est pas la cause de cette hausse, ni même la production, qui augmente de 15% par an. Le prix du Maotai est tiré par la demande… et la corruption.

Maotai et corruption

Alcool pour le relationnel 

C’est en tout cas ce que dénoncent les internautes chinois, qui prennent souvent l’exemple du Maotai pour attaquer les dépenses princières de leurs dirigeants. On pourrait y voir une marque de frustration, alors que cet alcool médaillé est largement hors de portée des bourses communes, mais la théorie paraît recueillir des soutiens.

Et pas n’importe lesquels : il y a quelques semaines, le chef du Parti Communiste de Shenzhen dénonçait les ganbei luxueux lors d’une réunion politique suivie par le Southern Daily. Avec un rare franc-parler, Wang Rong s’est interrogé devant ses pairs sur les diners aux frais du contribuables, dont la fréquence et le faste ont “biaisé” les prix des grands restaurants et fait exploser celui du Maotai. “S’il n’y avais pas autant d’utilisation de l’argent public, le Maotai n’atteindrait pas ces prix-là”, a-t-il résumé.

Shen Haixiong, lui, n’entend pas en rester aux belles paroles : quelques jours avant le nouvel an chinois, ce député de Shanghai a proposé de « bannir le Maotai des diners officiels ». De quoi faire grincer des dents dans les couloirs de la haute administration : la période est connue pour ses banquets luxueux et ses galas officiels arrosés.

Sa proposition n’a pour l’instant pas vu le jour, mais la presse officielle a beaucoup parlé de cette idée. Shen Haixiong, également un des patrons locaux de l’agence Xinhua, le sait : s’attaquer au Maotai, c’est affirmer son combat contre la corruption.

Une bulle de Baijio

La marque du Guizhou ne s’inquiète pas trop de ces sorties, et sait son avenir construit sur des tendances plus fiable : le goût du luxe des riches Chinois, et le flair des investisseurs.

Si les profits de Kweichow Moutai ont grimpé de 65% en 2011, et le prix de la bouteille de 500 yuans, c’est parce que « ces temps-ci, l’économie est bonne, et il y a trop de gens qui ont de l’argent », explique Liu Xiaowei au Wall Street Journal.

Le Maotai, comme le vin français ou les voitures allemandes, est une marque de richesse qu’on se doit d’afficher en haute société. Son arrière-goût patriotique, qui n’est pas pour déplaire aux élites de la nation, lui assure donc un avenir radieux, même en cas de prohibition sur les tables les plus en vues.

M. Liu est bien placé pour le savoir : il est président de Googut Auction à Pékin, et sa maison d’enchère s’intéresse de près au précieux baijiu. « De plus en plus de clients sont des fonds d’investissement », explique-t-il : à la différence du vin, l’alcool de sorgho ne risque pas de s’altérer avec le temps et la différence entre les années de récolte est minime. source aujourd’hui la Chine

 

Un alcool de prestige!

Ce qui n’empêche pas les bouteilles les plus prisées de s’arracher à plus de 50 000 yuans (5900 Euros). Si vous souhaitez investir ou porter un Gambei hors de prix, choisissez une bouteille de 1982. Non pas qu’elles soient meilleures, mais les investisseurs chinois en ont fait un must en se référant au mètre-étalon des produits de luxe dans l’empire du milieu : 1982 est le millésime le plus recherché du Château Lafite.

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